Lundi 12 Septembre - Une cellule comme quartier général

Publié le par Sam Fisher

La maison centrale de Clairvaux est une « passoire ». À la barre du tribunal correctionnel, Frédéric Scanvic en témoigne et ses « bras armés » opinent du bonnet. Associations de malfaiteurs en vue de la préparation d’une évasion, vol en bande organisée, fourniture d’armes ou d’explosifs, proxénétisme : au cœur de cet établissement pénitentiaire réputé comme l’un des plus sûrs de France, Scanvic dirige son clan. Téléphones, clefs 3G ou USB, cartes SIM, webcam : ce détenu particulièrement surveillé ne manque de rien. « C’est une réalité. En dehors de ma famille, j’avais une quarantaine de contacts réguliers ».

 



Entre les quatre murs de leurs cellules, certains détenus se forgent une célébrité. « S’évader, les "perpets" ne pensent qu’à ça et j’étais celui qui pouvait faire passer n’importe quoi ». À l’époque, Scanvic ignore que la plupart de ses conversations sont passées au crible. Depuis ce jour de mars 2010 où il est balancé, les enquêteurs l’écoutent. Quelques noms ressortent vite du lot. Abdelhak Bouri et Mohsen Touir. Deux hommes rencontrés en prison qui présentent l’avantage d’être libres. Puis il y a la fidèle entre tous. L’épouse. Kelly Scanvic. Celle qui passe les téléphones, écrit les lettres, soutient son homme, défie les surveillants. « Je reconnais avoir entré des téléphones en détention ». « Combien ? », l’interroge le président Launoy. « Je ne sais pas, moins de dix ».

Disqueuse et lampes torches

À son domicile, les enquêteurs mettent la main sur neuf portables et seize emballages vides. Elle fera trois mois de détention provisoire. Près d’elle sur le banc des prévenus, la sœur de Scanvic. Gwenaëlle était chargée de passer les clefs USB. Dans quel but ? Les vols, les attaques à main armées d’abord. Scanvic aurait formé une équipe pour monter des coups.

Tous s’en défendent, mais certaines conversations interpellent. Particulièrement celle du 23 avril 2010. Scanvic passe commande à Abdelhak Bouri. Une disqueuse, un pied-de-biche, des lampes torches, un marteau-piqueur. « Je devais sortir en conditionnelle et travailler au "black" dans le bâtiment. Mais il me fallait du matériel ». C’est la grande force de Scanvic. À l’audience, il s’affirme et raisonne. À ses côtés, Touir et Bouri font triste mine. Ils reconnaissent quelques cambriolages mais nient farouchement la moindre organisation. « Le reste, c’est du pur baratin. On n’a pas les épaules pour organiser plus gros », lance Abdelhak Bouri. « Vous extrapolez par rapport à des conversations » s’emporte Scanvic « Quel coup ?, quel matériel ?, quelle équipe ? Vous n’avez rien ». Ou presque. Car restent le proxénétisme et la fourniture d’explosifs.

« À Clairvaux, je suis considéré comme un phénomène, celui qui a trouvé la technique pour faire passer les téléphones. Alors, un jour, quelqu’un m’a demandé autre chose. » Étonnamment absent des débats, ce quelqu’un projette de s’évader. « C’est vrai, j’ai cherché partout du plastique, de l’explosif pour lui ».

Mais pour ses lieutenants, pas question de se lancer. « Trop risqué ». Touir et Bouri n’obéiront pas au patron. « J’ai dit que j’allais voir mais je n’ai rien fait ». C’est là qu’apparaît Jennifer. Une prostituée que Bouri va protéger, entourer. Les instructions de Scanvic sont claires. « Qu’il ne lui arrive pas de galère. Je vais en avoir besoin ». C’est elle qui aurait été chargée de passer l’explosif. « Elle n’avait peur de rien. Je l’ai approchée pour cette mission ». Mais de mission il n’y aura pas, pas plus que d’évasion. Le 25 mai 2010, la plupart des membres de groupe ont été interpellés.

Dossier bancal

Pour le représentant du ministère public, « le panel d’infractions doit être abordé par le prisme de l’association de malfaiteurs. On ne doit pas juger l’infraction à la réussite ». Tous sont coupables puisque tous se sont entendus selon Arnaud Laraize, qui requiert des peines allant de cinq ans pour Scanvic à trois mois avec sursis pour sa sœur.

Tour à tour, les cinq avocats vont tenter de démonter un dossier « bancal ». « Ce que l’on fait dire aux écoutes ne se vérifie pas. C’est de la construction intellectuelle », plaide Me Benkoussa pour défendre les intérêts de Touir. « L’association de malfaiteurs doit être concrétisée par des faits réels », ajoute Me Boesel, conseil de Scanvic. « Au fil du temps, il s’est construit un casier judiciaire. Je vous demande de ne pas vous arrêter à ça ».

 

L'Est-éclair...

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