Lundi 19 Septembre - MA de Grasse: incroyable "pêche"

Publié le par Sam Fisher

A la prison de Grasse, malgré les contrôles renforcés, des dizaines d’objets sont régulièrement saisis dans les cellules ou lors des parloirs. Les familles sont souvent impliquées

 

Régulièrement, le personnel pénitentiaire met la main dans les cellules sur des objets introduits lors de parloirs. Il y a quelques jours, une clé de menotte a été retrouvée sur un détenu.

 

Dernièrement, le tribunal correctionnel de Grasse condamnait à trois mois de prison un jeune Vallaurien qui avait tenté d’introduire, lors d’un parloir à la maison d’arrêt de Grasse, 24 g de cannabis dissimulé dans ses parties intimes. Un jugement révélateur de la prise de conscience de l’institution judiciaire sur ce fléau qui affecte les centres de détention.

« Introduire des objets en prison, cela a toujours existé que ce soit par le personnel, par les avocats ou par les familles, c’est vieux comme le monde », confie un avocat, sous couvert d’anonymat. En ligne de mire, outre la drogue, les téléphones portables. Et pour lutter, il a fallu s’adapter. Dorénavant, une cabine téléphonique est à disposition des détenus qui suivent un planning de roulement bien défini.

Une femme dont le mari est incarcéré reconnaît « que ça lui a changé la vie. L’entendre deux à trois fois par semaine en plus des parloirs permet de faire passer le temps plus vite ». Pour autant, des dizaines de téléphones portables sont régulièrement retrouvées dans les cellules.

« Il y a ceux qui s’en servent juste pour parler à leur famille. Mais généralement, les délinquants s’en servent pour gérer à distance leur trafic et faire pression sur les témoins avant leur jugement », observe, Paul Botella, chef d’établissement à la maison d’arrêt de Grasse.

Contrôles surprises lors des parloirs

Plusieurs fois par an, sur réquisition du procureur de la République, des contrôles sont organisés sur les parkings de maison d’arrêt. Le dernier à Grasse s’est soldé par de nombreuses interpellations. « Les familles cèdent souvent aux demandes des détenus sans se rendre compte de la gravité de la sanction. À chaque fouille, le résultat est criant », précise Paul Botella.

Pour les dissuader, des affiches sont collées sur les murs des parloirs. « On a rajouté des panneaux où sont notifiées les peines encourues ». Une campagne de communication intra muros est dédiée aux visiteurs. À laquelle s’ajoute l’incontournable fouille au corps sur les détenus après chaque parloir.

Et même avec ces contrôles systématiques tous les mois, des dizaines d’objets sont retrouvés. En mai dernier, sur 29 objets trouvés, pour la plupart cannabis et téléphones portables, 18 l’ont été dans les cellules.

« On ne veut pas que la prison soit une zone de non-droit. La dignité humaine doit y être respectée », estime le directeur grassois où actuellement 800 personnes sont écrouées.

La drogue, monnaie d’échange en prison


Car les méthodes d’introduction de drogue, notamment, peuvent mettre en péril la vie des détenus. Beaucoup n’hésitent pas avaler la dose fournie pour la récupérer après un passage aux toilettes.

« D’autres cachent dans leurs fesses de petits téléphones portables et les rechargent ensuite en dénudant un fil d’un poste radio ou de télévision », ajoute Paul Botella. Des astuces rodées contre lesquelles le personnel pénitentiaire est impuissant.

De plus, la drogue ou l’argent en prison constitue une monnaie d’échange dans cet univers carcéral. « C’est une base de racket qui engendre la violence entre les détenus. Certains sont contraints d’introduire des objets sous peine de représailles ». Une société dans la société.

Pour limiter les dégâts, l’administration pénitentiaire joue le jeu en levant certains interdits. Avant, les chaussures de sport et les livres devaient être cantinés*. « Nous avons toléré que les familles apportent les chaussures de sport, au même titre que nous n’acceptons uniquement les livres reliés par mesure de sécurité », conclut Paul Botella.   

*Cantiner signifie acheter dans le jargon carcéral.

 

Nice-Matin...

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