Lundi 1er Août - Le Bracelet... Cool et facile !

Publié le par Sam Fisher

Regards croisés: François, oiseau bagué de 21 ans, a rechuté. Il espère encore bénéficier du bracelet électronique. Deux juges d’application des peines confrontent leurs pratiques.

 

« Donner un bracelet pour deux ans à quelqu’un qui sera son propre geôlier, c’est de la folie furieuse ! », s’exclame une JAP de Marseille. photo R TERZIAN

 

 

« J’ai fait le bracelet l’année dernière. Trois mois. J’attends le nouveau là », trépigne François, 21 ans, jeune errant, 15 fois condamné, pour l’essentiel devant le tribunal pour enfants. Petits vols, bagarres, usage de shit, etc. Une vraie difficulté à rester dans les clous pour ce jeune adulte sorti de la rue, sans cesse au bord du gouffre et que juges et travailleurs sociaux portent à bout de bras. Les juges d’application des peines (JAP) n’ont pas encore pris le risque de le faire « rentrer ». D’ailleurs au mot « prison », le gars se fige. L’épouvantail opère encore. « Je touche du bois ! », tape le petit gars paumé.

« Je me cache pas, je vais même à la plage avec ! »
Son trimestre sous bracelet, François l’a vécu comme une chance. Il s’est fait aux réelles contraintes horaires. « J’ai eu deux incidents avec le bracelet. Une fois, c’était juste un faux contact avec le pied quand je dormais alors ils m’ont appelé dans l’après-midi. » Façon pieuse de ne pas dire qu’il a tenté comme tous les autres de tester le détecteur de tentative d’arrachage. « Une autre fois, j’avais pas pu rentrer au foyer vu que j’étais en garde à vue… » Avisé de l’incident par la station de surveillance des Baumettes, le JAP n’a pas révoqué la mesure.
« Les nouveaux modèles sont bien, ils sont plus légers. L’été, c’est pénible, on transpire avec mais je me cache pas. Je vais même à la plage avec ! A Corbières, y en a plein qui l’ont. » François en a bénéficié d’abord parce qu’il travaille sur un chantier d’insertion. Cela lui rapporte 400 euros par mois, de quoi régler l’abonnement téléphonique du boîtier. L’association pour l’insertion des jeunes adultes en difficultés qui loue une chambre près de la Canebière a accepté la pose du « mouchard » de l’administration pénitentiaire.

« Le lundi matin, la pile de fax d’incidents »
« Un bracelet électronique, çà se mérite ! A un moment, on ne pourra plus vous aménager la peine », l’a secoué la substitut Cécilia Zehani à son procès en juillet pour refus d’obtempérer. Alors qu’il était sous contrôle judiciaire, François a détalé à la vue des policiers, juché sur une moto pas en règle. Avec deux sursis au-dessus de sa tête, il a fui par peur qu’on lui refuse le nouveau bracelet. « Il faut vous tenir à carreau ! On va avoir toutes les peines du monde à vous trouver une autre peine… », soupire la présidente de la chambre des vacations, pas dupe du regard vitreux de l’oiseau bagué. « Vous le trouvez où l’argent pour le cannabis ? » - Réponse hébétée : « Euh… 20 euros, 20 joints… » Il écope d’un mois de prison ferme, encore aménageable... « Vous verrez avec le JAP… » - « Je sais madame, je viendrai à la convocation, sinon je sais que j’prends direct 11 mois de prison ! Je l’veux le bracelet ! »

« Je ne sais pas comment les attacher ceux-là »
Au service de l’application des peines du TGI de Marseille, on est réservé sur l’inexorable déploiement du Placement sous Surveillance Electronique (PSE). « Ils nous demandent tous le bracelet, çà leur paraît cool et facile. », constate une juge. « Or c’est très difficile pour des gens qui ne sont pas habitués aux contraintes. Le bracelet fonctionne pour des gens cadrés qui ont des repères. Sans formation ni métier, comment voulez-vous les attacher ceux-là ? Un jeune qui retourne dans son quartier avec un bracelet ? Mais c’est l’appel de la forêt, les dérapages du week-end et le lundi matin, on trouve une pile de fax d’incidents qui nous bouffent du temps ! »
Au final, le bracelet est a accordé « au cas par cas ». La crainte de la « tuile » et d’une mise en cause du juge planent. « On tente avec les grands alcooliques de 40 ans qui vivent chez leurs parents ou sont en cure de désintoxication. On a élargi le PSE à toute une population qui vit en hôtel meublé. On peut aussi décider de l’envoyer pendant 15 jours aux Baumettes. C’est un coup de pied symbolique qui remet les pendules à l’heure mais alors on entre dans un engrenage juridique avec le parquet qui risque fort bien de le maintenir en prison. »

« Je deviens le juge des incidents »
Autre JAP, plutôt rétive sur le gadget. « Y a pas photo, le bracelet est une mesure d’économie budgétaire. Le protocole mis en place ici en 2009 a des critères très restrictifs pour ne prendre aucun risque avec mes « fins de peine ». Ils n’ont pas tous vocation à y prétendre. Un garçon condamné 10 fois pour conduite en état d’ivresse avec risque avéré de récidive doit entendre qu’il ne mérite pas de sortir en aménagement de peine. La prison a aussi une fonction d’élimination sociale. Donner un bracelet pour deux ans à quelqu’un qui sera son propre geôlier, c’est de la folie furieuse ! Ils ne vont même plus dans une enceinte pénitentiaire pour se faire poser le bracelet. Il n’y a même plus la symbolique de l’écrou. Cela devient une condamnation en milieu ouvert et je deviens le juge des incidents et le garde chiourme sur des dossiers que je n’ai pas impulsés. Pour moi, le gars qui ne fait rien et qui n’est pas capable de respecter 4 mois de bracelet, il repart au trou en révocation. »

 

La Marseillaise...

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