Lundi 4 Avril: Marseille - le business des portables en prison

Publié le par Sam Fisher

Près de 200 appareils ont été saisis aux Baumettes depuis le 1er janvier.

 

Toutes les ruses sont utilisées pour entrer un téléphone en détention, dont

Toutes les ruses sont utilisées pour entrer un téléphone en détention, dont "la technique des semelles".

Photo DR

Certes, c'est un secret de Polichinelle. "Pff, en prison, il y a un portable par détenu, pouffait récemment un prévenu. Et ça arrange tout le monde". Les délinquants qui peuvent ainsi continuer leurs trafics mais aussi... la justice qui peut démarrer des procédures et prévenir certaines évasions, grâce à des écoutes sauvages. Pourtant, la peine de prison encourue pour celui qui ose introduire un téléphone en détention est plutôt sévère. Et les autorités n'y vont parfois pas de main morte avec les sanctions.

 

Malgré tout, le business du portable ne s'est jamais aussi bien porté. En trois mois seulement, quelque 200 téléphones ont été saisis à la maison d'arrêt des Baumettes. "Oh, c'est rien ça, raille le surveillant Gérard Migliori, du syndicat FO. L'an passé, on en a eu plus de 1 000 ! Si on pouvait fouiller les détenus, on en trouverait certainement plus. Mais la loi pénitentiaire de 2010 nous impose "une fouille motivée et motivable". On ne peut plus faire notre travail. D'autant qu'il y a un surveillant pour 100 détenus".

 

Alors, pendant ce temps, les petites combines entre amis se multiplient. Et chacun ruse à sa façon pour gagner... quelques milliers d'euros. D'autant qu'il semble aussi difficile de faire entrer un téléphone en prison qu'un petit pois dans une casserole ! "La technique la plus répandue est celle de la balle de tennis, note un habitué des lieux. Elle est ouverte en deux, on y glisse une batterie et une puce, puis on l'envoie par-dessus le mur d'enceinte". Certains proches pousseront l'audace jusqu'à placer des téléphones dans les semelles des chaussures, pour ne pas sonner au portique, une puce dans l'armature d'un soutien-gorge... voire dans ses parties intimes !

 

Les détenus connaissent aussi "la trousse". Pas de toilette mais de confort. Moyennant environ 600 euros, et fournie par des gardiens indélicats, elle contient un téléphone et, si besoin, un bout de shit.

 

Une fois à l'intérieur, le portable a "plusieurs vies". "Généralement, il est confié à "des garages", des détenus qui gardent les téléphones en échange de compensations", souligne un avocat. "Les personnes qui sont trouvées avec un téléphone ne sont généralement pas les véritables propriétaires, assure Me Lionel Febbraro de l'OIP. Elles sont souvent vulnérables et obligées de le garder sous peine de représailles". "Le téléphone peut aussi être un moyen de pression, un moyen pour faire du chantage", assure un pénaliste. Et un moyen comme un autre pour se faire de l'argent puisqu'il est généralement loué... plusieurs centaines d'euros ! "C'est incroyable mais c'est la réalité quotidienne, affirme Me Febbraro. Certains détenus peuvent gagner de sacrées sommes à l'intérieur. Mieux que dehor s!" Jusqu'à 10 000€ par mois pour les plus dégourdis.

 

Le téléphone, n'est en effet, pas la seule chose qui se monnaye à prix d'or. La drogue, la nourriture et les cigarettes font l'objet de trafics plus que juteux. Surtout au quartier des arrivants où le détenu va rester entre deux à cinq jours, le temps que lui soient attribués une cellule et un numéro de compte à partir duquel il pourra cantiner. Ici, "au marché noir", le paquet de cigarette coûterait au moins 50 euros !

 

La Provence...

 

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