Mardi 27 Septembre - "TV Fresnes" : le petit écran derrière les barreaux

Publié le par Sam Fisher

La prison, on en parle beaucoup à la télé. Mais la télé en prison, c'est plus rare d'aborder le sujet. Après Bruno Chateau, entraîneur de volley, et Valérie Dassonville, metteur en scène, Le Plus donne la parole à Delphine Bargeton qui anime un atelier vidéo à la prison de Fresnes et a même créé une chaîne de télé interne.

 

Depuis huit ans, j’interviens en prison où j’anime des ateliers vidéo et, depuis 2004, travaille avec les détenus pour une chaîne de télé interne à la maison d’arrêt de Fresnes.

 

La prison de Fresnes (Val-de-Marne) est une des rares prisons à posséder une chaîne de télé interne, Fresnes, 2010 (BRUNO COUTIER/NOUVELOBS/SIPA)

La prison de Fresnes est une des rares prisons à posséder une chaîne de télé interne, 2010 (BRUNO COUTIER/NOUVELOBS/SIPA)

 

La première fois, je ne pouvais pas parler tellement j’étais bouleversée : j’ai pris conscience, d’un coup, de ce que signifiait l’absence de liberté. Mais j’ai fini par m’habituer. Et, surtout, je me suis dit que je pouvais leur apporter quelque chose. "TV Fresnes" est en effet une chaîne pratique : 80 % des sujets sont des sujets qui concernent les prisonniers dans leur quotidien.

 

Beaucoup de détenus maîtrisent mal le français, encore plus à l’écrit qu’à l’oral. Or les informations dont ils ont besoin circulent sous forme de brochures, ou alors de rumeurs, souvent exagérées. Les programmes télé permettent donc d’informer les détenus, de manière simple et pédagogique. Avec des explications orales, des petites animations, le message est plus facilement compréhensible.

 

Nous nous mettons dans la peau d’un nouvel arrivant et tentons de répondre aux questions qu’il peut se poser. Quand nous faisons des sujets sur le droit par exemple, nous parlons du droit lié à l’aménagement de peine.

 

Quand nous avons fait un sujet sur le pressing, des détenus, bien que présents depuis deux ou trois mois ignoraient l’existence de ce service. Pourtant, c’est un service non négligeable : mieux vaut arriver avec un beau pantalon et une chemise repassée à son jugement, plutôt qu’en jogging. C’est pourquoi nous en avons parlé sur la chaîne de télé.

 

Dernier exemple : quand le téléphone a été installé à Fresnes il y a deux ans et demi, il a fallu donner quelques explications. Pour les détenus, ce n’était pas simple : chacun dispose d’un "pécule" où va son argent, mais pour pouvoir téléphoner il faut faire un virement sur un autre compte sur lequel l’argent est bloqué et ne peut servir que pour le service "téléphone". Tous se demandaient s’ils pouvaient aussi appeler sur les portables, s’il fallait l’autorisation du juge… Si un détenu veut téléphoner à sa femme, c’est quand même mieux de savoir ce genre de choses une semaine avant.

 

La prison de Fresnes (Val-de-Marne) est une des rares prisons à posséder une chaîne de télé interne, Fresnes, 2010 (BRUNO COUTIER/NOUVELOBS/SIPA)

Atelier vidéo "TV Fresnes", Fresnes, 2010 (BRUNO COUTIER/NOUVELOBS/SIPA)

 

On fait aussi des émissions un peu plus récréatives, mais toujours avec une visée sociale. C’est le cas des recettes de cuisine, importantes car tous les détenus mangent dans leur cellule – il n’existe pas de réfectoire. Depuis peu, on leur sert des plateaux repas. Mais avant, ils avaient une gamelle et on les servait à la louche. Or beaucoup d’entre eux n’avaient pas envie de manger des aliments servis par l’administration pénitentiaire, que ce soit par principe ou par fierté. Ils préfèrent s’organiser entre eux, partager les plats qu’ils ont concoctés eux-mêmes. Les 17 recettes de cuisine que nous avons partagées sur la chaîne "TV Fresnes" peuvent ainsi permettre des moments de convivialité entre les détenus.

 

Les ateliers vidéo permettent également aux détenus de sortir de leurs cellules. Ils sont bouclés 24 heures sur 24. Participer à l’atelier signifie qu’on leur ouvre la porte, qu’ils peuvent marcher dans le couloir jusqu’à la salle, croiser des gens.

 

Sans compter que ça leur permet d’obtenir des remises de peine, en moyenne un mois par année d’activité (ensuite, ça dépend du dossier). C’est d’ailleurs assez injuste car sur les 2000 détenus à Fresnes, seule une quarantaine peut s’inscrire. La liste d’attente est longue. Et même si l’inscription est validée par l’administration, c’est parfois le fruit du hasard que de participer à une activité : il faut s’inscrire au bon moment, attendre qu’une place se libère.

 

L’activité en elle-même est aussi valorisante pour ceux qui y participent. En 2008, nous avions réalisé un sondage et près de 97 % des détenus ont avoué regarder les émissions réalisées par leurs compagnons de cellule. Évidemment, quand, comme en ce moment, le canal interne est accessible gratuitement, ça aide.

 

Certains, après un transfert, écrivent des lettres à d’autres détenus, se plaignent de ne pas avoir de chaîne interne là où ils sont incarcérés et se rappellent avec joie les "moments de vie" qu’ils ont vécus à l’atelier. Ce sont peut-être des choses banales, mais ça me touche beaucoup. En effet, par rapport au reste de la prison, la salle vidéo est un endroit très vivant.

 

Le Nouvel Obs...

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