Mardi 5 Juillet - La MA de Luynes bloquée lundi toute la journée

Publié le par Sam Fisher

Manque d'effectifs : l'Union fédérale autonome pénitentiaire en avait interdit l'accès jusqu'à 15h.

 

Dès l'aube, les membres de l'Ufap ont installé des barricades pour bloquer l'entrée et la sortie de la maison d'arrêt.

 

On ne peut pas rentrer ? Vous êtes sûrs qu'on ne peut pas rentrer ?" En règle générale, la prison, on voudrait plutôt en sortir... mais lundi matin dès 6 heures, quelques dizaines de membres de l'Ufap (Union fédérale autonome pénitentiaire) ont bloqué l'entrée de la maison d'arrêt de Luynes.



Livreurs, profs, concessionnaires des ateliers, responsables de la formation... se sont cogné le nez aux barricades et aux pneus installés avant l'aube par les bloqueurs. En revanche, les surveillants qui le souhaitaient ont pu entrer travailler et assurer la relève des équipes de nuit, de même que les secours, médecins et infirmières.



"On n'est pas là pour empêcher la maison d'arrêt de fonctionner, ni pour porter préjudice aux collègues. Mais on ne peut pas continuer comme ça, on est contraint d'arriver à de telles actions, pour exprimer le malaise des surveillants pénitentiaires, qui travaillent dans des conditions inimaginables", expliquaient Olivier Viau, le secrétaire local de l'Ufap, et Germain Laurent, le secrétaire régional adjoint.



Au coeur de leurs revendications, les sous-effectifs chroniques, "dramatiques", et les conditions de travail qui en découlent au quotidien. Un manque de personnel d'autant plus douloureux, que la maison d'arrêt de Luynes, qui compte officiellement 613 places, flirte régulièrement avec les 780 à 800 personnes. "On met des matelas par terre"...



Des tensions que les gardiens ne parviennent pas à endiguer

 


En cellule, autant d'intimité qu'un poisson rouge dans son bocal. Et l'ouverture du centre de semi-liberté voisin, n'a pas arrangé la situation. "Au quotidien, cette surpopulation carcérale génère des tensions, que les surveillants ne sont plus assez nombreux pour endiguer. C'est clair : quand les gardiens doivent gérer des étages entiers, ou que les quartiers sont surveillés par des stagiaires ou des élèves gardiens, comment assurer un niveau de sécurité satisfaisant ?", déplorent ces deux représentants, rejoints en début de matinée par Charles Margner, le secrétaire régional Ufap.



Lui aussi très inquiet quant à l'évolution de la situation: "En mars, nous avions déjà exprimé notre inquiétude et notre colère, cela avait débouché sur un audit réalisé par l'inspection des services pénitentiaires. Qui devait rendre ses conclusions. Et nous les attendons encore".



Or les surveillants demandent avec angoisse des mesures précises: "À Luynes, il manque aujourd'hui trente personnes. Peut-on espérer être renforcés ? La violence est quotidienne. Quelles mesures pour nous aidervoire nous protéger ? Et puis, combien de temps va-t-on continuer à faire autant d'heures supplémentaires ?"



La direction de l'établissement pénitentiaire était présente, notamment pour maintenir le dialogue avec les manifestants. "De toute façon, glissait un surveillant, le manque de personnel, tout le monde le subit".



Le blocage s'est poursuivi jusque vers 15 heures. Les extractions de détenus et les transfèrements (dont celui très attendu par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour le procès du meurtre du boulanger du Canet), ont alors débuté. Un drôle de ballet pour amener les détenus aux juges des libertés et de la détention, aux magistrats instructeurs... "On n'a pas fait ça par plaisir, pilonnait Olivier Viau, dans l'après-midi, mais on doit être considérés".



Une rencontre a eu lieu avec Philippe Peyron, le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire, venu sur place vers 10 heures. Celui-ci a entendu le message des représentants syndicaux. L'administration attendrait toutefois ce fameux audit, dont les conclusions commencent vraiment à se faire désirer



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"Certains avaient même des contrats sur la tête"



Rencontrés hier devant la maison d'arrêt, les surveillants ont raconté leur métier. "Les agressions ? C'est tous les jours... Les insultes et les menaces, pareil. À trois reprises, des agents ont été contraints de demander leur mutation et de déménager, après qu'on a appris qu'ils faisaient l'objet de contrat !" Un autre relate : "En février, un détenu s'est évadé par le parloir famille. Résultat: le service des parloirs n'a pas été renforcé !"



"Des officiers sont agressés. En fait, le conflit et la bagarre peuvent démarrer avec n'importe quoi, même un détail. Il suffit parfois de dire à un gars qu'il ne peut pas prendre sa douche tout de suite car c'est complet, et ça part en vrille. Ou rappeler la règle, par exemple qu'il est interdit d'aller chercher une cigarette chez un codétenu, et là tout explose", ajoute un gardien.



Son collègue enfonce le clou : "On n'est plus assez nombreux pour travailler en toute sécurité. On est censé être deux par étage... mais on est seul. À chaque bâtiment, le poste protégé pour l'ouverture du bâtiment n'est plus occupé : pour toute la prison, une seule personne ouvre les portes ! Et les services fonctionnent parfois seulement avec des élèves et des stagiaires..."

 

 

Sèverine PARDINI



La Provence...

 

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