Mercredi 18 Mai - Surveillance anti-suicide pour DSK

Publié le par Sam Fisher

NEW YORK - La femme de chambre qui accuse Dominique Strauss-Kahn de l'avoir agressée nie avoir eu une relation sexuelle consentie avec le patron du FMI, a déclaré mercredi son avocat, alors que plusieurs responsables politiques appelaient DSK à la démission.

Affaire DSK: la plaignante dément une relation sexuelle consentie

 

Quatre jours après son interpellation à New York dans un avion en partance pour Paris, le directeur général du Fonds monétaire international attendait de comparaître à nouveau vendredi devant la justice, qui pourrait lui signifier formellement son inculpation.

 

Il a passé une deuxième nuit en prison, sous surveillance anti-suicide. Il est vêtu d'une combinaison carcérale grise d'une pièce, sans ceinture ni bouton. Il porte des chaussures sans lacet. La nuit, les gardiens doivent vérifier qu'il respire bien. Pour cela, ils peuvent être amenés à le réveiller, a dit à l'AFP Norman Seabrook, président d'un syndicat de gardiens de prison.

 

Dans le même temps, Jeff Shapiro, l'avocat de la plaignante, chargeait l'ancien ministre français à la télévision à propos des faits qui se seraient déroulés samedi à l'hôtel Sofitel de Manhattan.

 

"Quand les jurés vont entendre son témoignage et la voir, quand elle pourra enfin raconter son histoire publiquement", ils vont se rendre compte "qu'il n'y a rien de consenti dans ce qui s'est passé dans cette chambre d'hôtel", a assuré Me Shapiro sur NBC.

 

Lundi, devant la cour, l'avocat de M. Strauss-Kahn, Benjamin Brafman, avait déclaré de façon ambiguë: "les preuves médico-légales, selon nous, ne coïncident pas avec un rapport forcé", sans qu'on sache si cette déclaration induisait une nouvelle ligne de défense reposant sur une relation consentie.

 

Les procureurs ont pour leur part indiqué lundi qu'ils avaient des preuves montrant qu'il y avait eu une tentative de viol, s'appuyant notamment sur l'examen médical pratiqué sur la plaignante après les faits présumés.

 

Une chambre d'accusation ("grand jury") de 16 à 23 jurés populaires doit se réunir en secret et en l'absence d'un juge pour entendre les éléments de preuve de l'accusation et décider si Dominique Strauss-Kahn doit être inculpé.

 

Si ce n'est pas le cas, il sortira libre du tribunal, bénéficiant d'un non-lieu.

 

Mais s'il est inculpé, le patron du FMI devra décider s'il plaide coupable ou non. S'il plaide non coupable, il y aura un procès, probablement dans quelques mois. S'il plaide coupable, sa peine sera négociée entre l'accusation et la défense.

 

L'identité de la femme de chambre âgée de 32 ans n'a pas été révélée par les autorités et elle n'a pas pris la parole depuis que l'affaire a éclaté samedi, mais son avocat a déclaré qu'elle était prête à pleinement coopérer à l'enquête et à la préparation du procès qui pourrait suivre.

 

"Elle est prête à faire tout ce qu'on lui demandera et à coopérer avec la police ou le ministère public", a dit Me Shapiro. "Elle n'a rien derrière la tête. Elle fait ça parce qu'elle pense qu'il faut le faire".

 

Les accusations qui pèsent contre Dominique Strauss-Kahn, sa détention provisoire et la perspective d'un procès ont amené des responsables politiques américain, britannique et français à pousser le patron du FMI vers la sortie.

 

"Il n'est évidemment pas en mesure de diriger le FMI", a déclaré le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner. Quant au chef de la diplomatie britannique, William Hague, il a estimé que "Dominique Strauss-Kahn devra(it) prendre une décision sur son avenir" mais qu'il était "évidemment dans une position très, très difficile".

 

Cette question devrait être "réglée dans les jours qui viennent", a renchéri Jean-François Copé, chef du parti majoritaire en France, l'UMP.

 

L'avocat de M. Strauss-Kahn à Washington, William Taylor, a refusé mercredi de dire quelles étaient les intentions du patron du FMI. "Je n'ai pas de commentaire là-dessus", a répondu M. Taylor, interrogé par l'AFP. "Je pense qu'au final ce sera résolu", a-t-il ajouté.

 

Le FMI n'a eu aucun moyen depuis le début de l'affaire samedi de contacter directement M. Strauss-Kahn, d'abord placé en garde à vue, puis en détention.

 

chefs La situation est inédite et complètement imprévue: le directeur général est sous les verrous, mais il est présumé innocent et nie tous les faits qui lui sont reprochés.

 

"Nous sommes conscients du fait qu'il y a beaucoup de spéculations autour du statut du directeur général. Nous n'avons pas de commentaires sur ces spéculations", a affirmé mardi soir un porte-parole du FMI.

 

DSK est visé par sept chefs d'accusation, notamment pour tentative de viol et séquestration. Il a été placé en détention lundi par la juge Melissa Jackson, qui a refusé de le libérer même en échange d'une caution d'un million de dollars. La juge a évoqué un risque de fuite.

 

Le patron du FMI a été conduit lundi soir dans l'immense prison de Rikers Island, une île de l'East River, où il bénéficie d'une cellule individuelle et n'est pas en contact avec les autres détenus.

 

L'affaire a ébranlé la classe politique française à un an de la présidentielle, pour laquelle "DSK" faisait figure de favori.

 

Le président français Nicolas Sarkozy a demandé mercredi à ses ministres de "s'abstenir de commenter" l'affaire, de faire preuve de "dignité" et de "hauteur de vue", a rapporté François Baroin, porte-parole du gouvernement.

 

L'affaire continue de faire la Une dans le pays, et une grande majorité de Français (57%) considère que DSK est "victime d'un complot", selon un sondage CSA publié mercredi.

 

L'affaire est très suivie, comme le montrent les audiences des journaux télévisés depuis dimanche midi, selon les chiffres Médiamétrie fournis par les chaînes. Dimanche à 20H00, le journal de TF1 a été regardé par 8,4 millions de personnes, soit 1,2 million de téléspectateurs de plus que le dimanche précédent.

 

Les avocats de DSK comptent s'organiser notamment autour de l'emploi du temps du patron du FMI. Ils assurent que celui-ci n'a pas voulu s'enfuir mais qu'il a déjeuné avec un proche avant de se rendre à l'aéroport où son vol pour Paris était déjà réservé et où il a été arrêté.

 

Ils disent aussi qu'il a oublié à l'hôtel un de ses téléphones portables et a appelé le Sofitel pour qu'on le lui fasse porter à l'aéroport, ce qu'il n'aurait pas fait s'il était en fuite.

 

S'il devait être condamné pour l'ensemble des chefs d'accusation dont il fait l'objet, le patron du FMI risquerait jusqu'à 74 ans de prison.

 

L'Express...

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