Mercredi 3 Août - Les prisons françaises au bord de l'implosion

Publié le par Sam Fisher

Vendredi 29 juillet, le procureur de Dunkerque ordonne le report de l'incarcération de certains détenus condamnés, faute de place pour les accueillir. Il annule sa directive quelques heures plus tard sous la pression de sa hiérarchie. Un exemple qui suffit à souligner l'urgence du problème de l'engorgement des prisons françaises.

 

Les prisons françaises au bord de l'implosion

 

115 %, c'est le taux moyen d'occupation des établissements pénitentiaires en France, soit 11 185 prisonniers de plus que leur capacité d'accueil. Dans certaines prisons, la situation est encore plus grave : 367,2 % pour le centre de détention de Faa'a Nuutania en Polynésie, 195 % pour le centre de semi-liberté de Cagny en Ile-de-France, 161 % pour la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy, et la liste est longue. Un rapport de l'Observatoire des prisons et autres Lieux d'enfermement (OPALE) recense l'occupation dans les établissements français au 1er juillet 2011. Pointés du doigt, le durcissement des peines, le manque de personnel, les coupes budgétaires affectant les mécanismes de réinsertion.

 

"Une situation totalement contre-productive"

 

Le constat n'est pas nouveau, les conditions de détention se dégradent. Depuis une dizaine d'années, la France fait figure de mauvaise élève aux côtés de ses voisins dans les classements d'associations et d'organisations internationales. Il y a un an, le Comité pour la prévention de la torture de l'ONU déclarait que la situation française était "préoccupante". Pour les syndicats, elle est intolérable. D'après l'Ufap-Unsa, dans le centre pénitentiaire de Baie-Mahault en Guadeloupe, 95 détenus dorment par terre. "Que ce soit dix, cent, mille, ne serait-ce qu'un seul prisonnier privé de lit, ce n'est pas acceptable", déclare René Sanchez, secrétaire général adjoint de FO-Pénitentiaire.

 

François Bès, coordinateur Ile-de-France de l'Observatoire international des prisons (OIP), dresse un constat alarmant. "À trois par cellule 22 heures sur 24, il est évident que la situation dégénère. Le personnel pénitentiaire est débordé et n'a plus le temps de communiquer avec les détenus, le système de santé - soins, prévention et éducation - ne fonctionne plus correctement, le sentiment d'isolement est décuplé. Les détenus sortent à vif. La situation est totalement contre-productive." Comme le souligne Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation et de liberté, "la vérité de la prison, c'est le jour de la sortie", avant d'ajouter que, sans mécanisme de réinsertion adéquat, la privation de liberté perd tout son sens.

 

Développer d'autres solutions

"Si la prison empêchait la récidive, ça se saurait", déplore François Bès. Selon lui, l'État devrait privilégier le développement d'organismes de prise en charge à la sortie et opter pour davantage d'alternatives à l'incarcération. Il cite comme initiative les travaux d'intérêt général ou l'accompagnement spécialisé. "La multiplication des peines de courte durée explique, en partie, l'engorgement des prisons. Ne pas privilégier l'incarcération pour ces individus serait un moyen efficace d'améliorer la situation", avance-t-il. "La loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 prévoit la possibilité d'un aménagement de peine", poursuit René Sanchez de FO-Pénitentiaire. Les dernières décisions politiques s'orientent vers l'agrandissement et la construction de nouvelles structures d'accueil. "Une fausse solution", déplore François Bès qui affirme que, si "on construit, on remplit".

 

Jean-Marie Delarue a conscience du problème. Il estime que le développement de solutions autres que l'incarcération est aussi l'une des pistes à explorer. "La population carcérale française atteint des records. De septembre 2010 à mai 2011, elle a grimpé au rythme de 1 % par mois." D'où provient cette augmentation ? "On parle souvent de la hausse de de la délinquance. C'est un fait. Mais quand on regarde les chiffres depuis quarante ans, on s'aperçoit que ce n'est pas la seule explication", insiste-t-il. La multiplication des affaires devant les tribunaux, le durcissement des peines et quelque 100 000 incarcérations qui correspondent à des peines inexécutées sont à l'origine du phénomène. "Il existe beaucoup de leviers sur lesquels joue le gouvernement depuis longtemps. Il y a celui des alternatives à l'incarcération, mais aussi la nécessité d'une réflexion sur le sens à donner aux peines", poursuit le contrôleur général des lieux de privation et de liberté. "Il faudrait en inventer de nouvelles, pour les chauffards, ou les hommes violents, par exemple", énumère Jean-Marie Delarue. "L'incarcération n'est pas forcément la punition la plus appropriée, ni la plus efficace", croit-il.

 

Dans un bulletin mensuel d'information intitulé "Suicide en prison : la France comparée à ses voisins européens", Géraldine Duthé, de l'Institut national d'études démographiques, souligne que le taux de suicide dans les centres français, le plus élevé dans "l'Europe des quinze", a quintuplé en cinquante ans. Un chiffre qui parle de lui-même.

 

Le Point...

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