Mercredi 4 Mai - Gradignan : la prison bloquée hier matin

Publié le par Sam Fisher

Les surveillants pénitentiaires sont en colère. Ils l'ont dit hier en barrant l'accès à la prison.

 

 Le mur de policiers de l'Unité d'ordre public (UOP) a délogé les syndicalistes et a permis le bon déroulement des extractions et incarcérations au centre pénitentiaire. photo thierry david

 

Après les paroles, les actes. A l'appel de la section locale du syndicat Ufap-Unsa-justice, une trentaine de surveillants de prison a décidé hier de bloquer l'ensemble des extractions judiciaires et toutes les incarcérations du centre pénitentiaires de Gradignan. Pas les parloirs, ni les interventions extérieures. « On ne touche pas aux détenus ni à leurs familles », revendiquent de concert Alain Guillemet, responsable local et Denis Coq, élu régional.

 

Rendez-vous était pris à 6 h 30 avec des personnels en repos et d'autres terminant leur service, devant le lourd portail d'entrée. Des palettes et des pneus ont été installés pour être brûlés. Des flammes et une fumée épaisse qui n'avaient rien du feu de joie.

 

Quelle prison demain ?
 

 

Aujourd'hui, avant une visite de la maison centrale de Saint-Martin-en-Ré (17), le ministre de la Justice et des Libertés, Michel Mercier devrait annoncer le nouveau programme immobilier pénitentiaire français. Le personnel du centre pénitentiaire de Gradignan se sent évidemment concerné.

 

Il y a un peu plus d'un an, le préfet avait en effet confirmé qu'une nouvelle prison allait être construite à Gradignan et que l'ancienne maison d'arrêt serait démolie. Cette décision s'inscrivait dans la volonté gouvernementale de moderniser les infrastructures pénitentiaires et d'améliorer les conditions de vie des détenus et de travail des personnels.

 

Construite en 1967, la maison d'arrêt a mal vieilli. Et même si elle est site pilote labellisé, si elle a effectué de récents travaux, si l'ouverture du quartier de semi-liberté l'a faite passer au statut de centre pénitentiaire, la prison girondine demeure vétuste. « Les cellules sont inappropriées au XXIe siècle », détaille Alain Guillemet, surveillant pénitentiaire, secrétaire local Ufap. « Mal isolées, douches collectives, pas d'entretien continuel, six étages peu fonctionnels. » Alors quel établissement pour demain ?

 

Un établissement ultramoderne, type Mont-de-Marsan ? « Trop grand, trop sécuritaire, trop inhumain », selon un rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté, Jean-Marie Delarue, plutôt pessimiste sur l'état des lieux et des personnes en prison. Il plaide pour la création de petits établissements de 200 places. À l'opposé de la réforme pénitentiaire qui prévoit de porter la capacité des prisons françaises à plus de 60 000 places contre 52 000 actuellement. À suivre.

 

Règles du « jeu »

 

Le but de ce mouvement de choc était de dénoncer les mauvaises conditions de travail de l'ensemble des personnels pénitentiaires. Et les deux responsables syndicaux syndicalistes de citer pêle-mêle, la surpopulation carcérale qui redevient LE problème avant les chaleurs estivales ; la multiplication des agressions physiques et verbales -« la surpopulation échauffe les esprits crée des tensions » ; les « mauvaises gestions » des crises sanitaires -plusieurs suspicions de cas de tuberculose font frémir les personnels qui ont peur d'une contamination de toute la prison et de leurs proches ; le manque de politique sociale notamment en matière de prime ou encore l'accumulation des tâches.

 

« En septembre, les personnels pénitentiaires vont récupérer les tâches indues de la police », détaille Denis Coq. Les transferts, les escortes. 23 agents de plus sont attendus, qui devront passer par la case formation, armement. « Ce blocage pour nous, c'est le seul moyen de nous faire entendre, le seul espoir qu'on nous écoute, que cela interpelle, que l'information remonte, redescende », explique Alain Guillemet. D'où l'intérêt hier de faire durer le moment. Mais la force publique requise avait au contraire pour but de faire cesser le blocage.

 

« Le but n'est pas de se battre avec les policiers, on travaille souvent avec eux », précise Alain Guillemet. « On fait dans la symbolique, sans débordement », assure Denis Coq qui assure que l'intervention des policiers a été « plus musclée que d'habitude ».

Les quinze policiers de l'unité d'ordre public de Bordeaux ont en fait délogé les personnels pénitentiaires et, faisant un mur, permis le fonctionnement normal des extractions. Hier matin, comme hier midi, quand les syndicalistes ont rallumé un nouveau brasier. Pour être sûrs que leurs doléances ont été bien comprises.

 

« Faire avec »

 

Dans leurs dénonciations, les surveillants trouvent le soutien plutôt inattendu de… détenus. Comme Éric. Sorti de prison récemment, le jeune homme témoigne de « l'aspect lugubre de cette prison », des barreaux rouillés aux fenêtres, de la « saleté repoussante ». Il décrit « des murs qui partent en lambeaux », des douches insalubres, un constant manque d'intimité, la promiscuité. « A trois dans des cellules de deux, il faut mettre un matelas par terre, il n'y a pas d'espace personnel, on est tout le temps les uns sur les autres à devoir se supporter tousser, fumer, parler, manger, ronfler… »

 

Sans pour autant se désintéresser du sujet, la direction interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux n'a pas souhaité s'exprimer hier. Tout au plus sait-on que la perturbation a finalement été minime, occasionnant seulement quelques retards devant la cour d'assises ou le tribunal correctionnel de Bordeaux. Le fonctionnement du service a été assuré dans sa continuité.

 

Pour le reste, il est évident que la surpopulation, les conditions de travail et le mal-être des personnels, la vie carcérale sont ici aussi au cœur des préoccupations. Mais les directeurs d'établissement sont souvent amenés « à faire avec ». Ils ne peuvent, comme dans un hôtel, afficher complet et refuser des « clients ». « Mais que va-t-on faire des 1 800 personnes condamnées en Gironde, dont la peine n'a pas encore été exécutée », s'inquiète encore Alain Guillemet. Il refuse le fatalisme.

 

Sud Ouest...

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