Samedi 11 Juin - Prisonnières devienant top-modèles

Publié le par Sam Fisher

Le visage tendu en avant, les paupières baissées et les lèvres fermées, Anita* reçoit dans un silence presque religieux les dernières touches de maquillage. Dans cinq minutes, elle troquera son jogging et ses baskets pour une robe bleue et des talons hauts. Autour d’elle, ses amies s’affairent. Du salon de coiffure à la salle d’essayage, elles vont et viennent.

 

FLEURY-MÉROGIS, HIER. En rouge vif, bleu ou rose pâle, elles ont porté avec fierté robes à froufrous, pantalon taille haute ou veste droite créés par Sakina M’Sa, styliste parisienne.

 

Hier après-midi, le défilé de mode de la styliste Sakina M’Sa s’est déroulé dans un cadre peu commun : le gymnase de la maison d’arrêt pour femmes de Fleury- Mérogis. Et derrière les barreaux, trente détenues ont joué aux apprenties mannequins dans une ambiance délirante.

L’actrice présente au défilé

« Pour une des émissions de MAF TV, la chaîne interne de la maison d’arrêt, les filles avaient invité cette créatrice de mode », raconte Habib Laïdi, de l’Association de recherche d’animations culturelles (Arac). A la suite d’un petit jeu devant la caméra, les détenues infligent un gage à Sakina : organiser un défilé à la prison. Elle a accepté. « Et grâce aux directeurs de l’établissement et du service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip), cela a été possible », continue Habib Laïdi.

 

 

Les détenues retenues pour défiler n’avaient qu’une journée pour s’entraîner. Mais les top-modèles de Fleury apprennent vite. Hier, devant une centaine de prisonnières et de gardiens, elles ont marché le pas rythmé, la tête haute. En rouge vif, bleu de travail ou rose pâle, elles ont porté avec fierté robes à froufrous, pantalon taille haute ou veste droite. « Ce sont les mêmes vêtements que ceux de nos mannequins. Nous les avons juste ajustés à leur taille », précise Sakina M’Sa.

 

Au premier rang, une amie de la maison, l’actrice Ludivine Sagnier, qui a présidé cette année un festival de cinéma à la prison de Fleury. « Regardez comme elles sont belles mes filles. Elles nous prouvent que l’image de la femme peut être multiple. On a le droit de faire des erreurs et de défiler. C’est valorisant pour elles, elles retrouvent la confiance qu’elles ont perdue », confie la comédienne.

 

Et les objectifs de découvertes et même d’appels à vocation semblent avoir été remplis. « On n’aurait jamais pu vivre ça à l’extérieur! Et quand on voit ce que Sakina arrive à faire avec si peu, ça donne envie de s’inscrire à des ateliers couture », témoigne une condamnée. Véronique y voit même un miracle, car jusqu’à présent elle ne s’était jamais maquillée. Et toutes s’accordent pour reconnaître qu’aujourd’hui elles n’étaient « plus en taule, mais sur un podium ».

 

* Les prénoms ont été modifiés.

 

Le Parisien...

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