Samedi 23 Avril - Laurent Fekkar, juge chargé de trouver des solutions

Publié le par Sam Fisher

Une fois condamnés à de la prison ferme, les prévenusont une ultime chance. Elle s'appelle « juge de l'application des peines » (JAP). Au tribunal de Boulogne, c'est le rôle de Laurent Fekkar. Le magistrat nous a ouvert les portes deses audiences privées.

 

PAR SYLVAIN DELAGE

 Laurent Fekkar est le seul juge de l'application des peines sur le tribunal de Boulogne. Il gère plus de 1500 personnes par an.

boulogne@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

 

« Je vais aller en prison ? » Dans le fauteuil, face à ce juge qui ne plaisante pas, le prévenu tressaille.

Depuis le début de l'entretien, ce Boulonnais de 57 ans faisait mine de ne pas comprendre. Trop occupé à tenter de justifier, pour l'énième fois, les 2,50 grammes d'alcool qui l'ont conduit au tribunal, après cette soirée bien arrosée et ce volant qu'il n'aurait pas dû prendre.

Sauf que, depuis sa condamnation à du sursis, ce récidiviste n'a pas respecté l'injonction de soins et a « oublié » deux rendez-vous avec le bureau chargé des contrôles - le SPIP, pour Service pénitentiaire d'insertion et de probation. Ça devait forcément remonter jusqu'aux oreilles de Laurent Fekkar.

Qui l'a convoqué dans son bureau. Et qui, maintenant, le met devant le fait accompli. « C'est le principe du sursis, monsieur. Si vous ne respectez pas vos obligations, vous irez en prison. Il ne tient qu'à vous de vous prendre en main. C'est un avertissement sans frais », prévient le magistrat, de sa voix grave et posée.

Le prévenu en sera quitte pour une nouvelle convocation au SPIP... assortie d'une bonne leçon. « Personne ne veut aller en prison, confie le juge, la voix radoucie, une fois l'intéressé reparti. J'ai même vu des gars costauds se mettre à pleurer dans mon bureau. Mais des fois, il n'y a plus d'autre solution. »

La dernière chance

Ce juge est à la jonction entre la liberté et de l'incarcération. Il reçoit ceux qui ont enfreint leur sursis comme ce Boulonnais. C'est aussi lui qui décide, en lien avec le parquet, si les prévenus fraîchement condamnés peuvent bénéficier d'un aménagement de peine. Seules conditions : ne pas avoir de mandat de dépôt (une incarcération immédiate) ou de peine supérieure à deux ans ferme (un an pour les récidivistes). Le JAP est alors chargé de recevoir les condamnés pour leur présenter les alternatives comme le bracelet électronique (lire ci-dessous).

Toujours dans un but : celui de « favoriser la réinsertion du condamné ». Et, aussi un peu, désengorger les prisons.

Laurent Fekkar ouvre un nouveau dossier sur son bureau. Coup d'oeil sur le casier judiciaire du prévenu, sur les faits et la dernière condamnation.

Celui-ci a 40 ans et c'est la septième fois qu'il comparaissait pour des faits de conduite en état d'ivresse. Il entre, accompagné de son avocat. Attitude différente du précédent. Lui ne nie rien. Il assume. « Je sors de l'hôpital. Maintenant, j'ai un traitement, je vois des médecins, des psychologues », énumère-il. Le magistrat lui rappelle que le problème qui le concerne, « c'est de prendre votre voiture quand vous avez consommé ». Face à la perspective du bracelet électronique, l'homme acquiesce.

« L'impression de servir à quelque chose »

Mais pour l'heure, ce n'est qu'une proposition. Le récidiviste devra passer devant le SPIP, qui fera une enquête sur sa personnalité, son environnement, sa démarche de soins. « On se retrouvera dans ce bureau en juin avec le procureur et je prendrai ma décision », conclut Laurent Fekkar. En cas de refus, l'homme n'échappera pas à la case « prison ». Sauf, peut-être, s'il décide de faire appel.

« Au final, on a vraiment l'impression de servir à quelque chose, confie le magistrat. C'est vrai que l'on retient plus facilement les échecs et les problèmes de récidive, mais il y a aussi beaucoup de cas de réussite. » La plus grande victoire de Laurent Fekkar, c'est de plus jamais revoir ses mauvais « clients » dans son bureau.

 

La Voix du Nord...

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