Vendredi 15 Avril - Les Moubarak en prison

Publié le par Sam Fisher

L’annonce de la détention du président déchu Hosni Moubarak dans un hôpital de Charm El-Cheikh et celle de l’incarcération de ses deux fils ont été accueillies avec joie et soulagement par le peuple égyptien. Récit du quotidien panarabe Al-Quds Al-Arabi.

 

Les frères Moubarak, Alaa et Gamal en janvier 2010.

 

Le président déchu Hosni Moubarak a passé le 13 avril [après une crise cardiaque] sa première journée en détention dans une chambre de l'hôpital de Charm El-Cheikh, sous surveillance renforcée. Sous sa fenêtre, des centaines de personnes demandaient qu'on l'expulse de la ville, tandis que des juristes réclamaient son transfert dans un établissement pénitentiaire, faisant valoir que son séjour dans un hôpital civil était “contraire à la Constitution”. Des rumeurs ont circulé quant à son transfert à l'hôpital militaire du Caire, ou dans d'autres hôpitaux de la capitale, pour raisons de sécurité.

 

Selon des sources médicales, l'état de santé de Moubarak s'est amélioré depuis la crise cardiaque survenue durant l'interrogatoire. Il aurait dit à un des juges d'instruction : “Qu'est-ce qui vous prend ? N'oubliez pas que vous parlez au président de la République”, ce qui lui aurait valu une réponse cinglante : “Baissez d'un ton s'il vous plaît ! Vous êtes ici en tant qu'accusé, comme n'importe quel autre citoyen”.

 

Les forces de l'ordre ont essayé de disperser les manifestants, mais ont dû renoncer face à l'afflux croissant de la foule qui scandait des slogans hostiles à l'ancien régime et demandaient que le président déchu et sa famille soient jugés : “Moubarak, pillard, tu nous as volé 70 milliards”, ou "rends-nous notre argent !", ou encore “voleurs, dehors !”

 

De leur côté, Gamal et Alaa Moubarak sont arrivés le 13 avril à la prison de Charm El-Cheikh, où se trouvent déjà d'autres anciens dignitaires du régime. A cinq heures du matin, les magistrats ont décidé de les mettre en détention pour quinze jours. Les forces de l'ordre ont renforcé les mesures de sécurité autour de ces deux prisonniers, de crainte d'une tentative d'évasion. Ils sont accusés d'incitation et de complicité de meurtre.

 

Selon des sources proches de l'enquête, les deux hommes sont arrivés à bord d'un véhicule de transport de prisonniers ordinaire. Dès leur arrivée à la prison, ils ont laissé leurs vêtements civils, leurs téléphones portables et autres effets personnels pour revêtir la tenue blanche des prisonniers. Tous les deux avaient du mal à cacher leur étonnement de se retrouver derrière les barreaux, surtout quand certaines des personnes présentes ont crié : tôt ou tard, la justice reprend ses droits” ou encore : “Dieu donne et retire ses faveurs à qui il veut”. Les deux prisonniers auraient par ailleurs refusé les repas prévus et exigé de l'eau minérale de la cafétéria.

 

Hosni Moubarak est sous le coup de cinq chefs d’accusation : corruption, détournement de fonds publics, enrichissement personnel, favoritisme et meurtre sur la personne d'opposants. Gamal, quant à lui, est accusé de détournement de fonds publics, de meurtre ainsi que d'incitation et de complicité de meurtre.

 

Par ailleurs, l'ancien président du Parlement Ahmed Fathi Sourour a rejoint la même prison. Il est accusé d'enrichissement illicite, ainsi que l'avocat Mourtada Mansour, impliqué dans l'attaque des manifestants de la place Tahrir [en février] par des méharistes.

Les proches des victimes de la répression ont déclaré qu'ils allaient enfin pouvoir commencer à faire le deuil des martyrs de la révolution.

 

Courrier International...

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