Vendredi 29 Juillet - Un procureur "rebelle"

Publié le par Sam Fisher

PARIS - La décision inédite du procureur de Dunkerque, Philippe Muller, de freiner les incarcérations, à cause du manque de place en prison, met en lumière une surpopulation carcérale déplorée depuis des mois par syndicats et ONG, qui crient à la situation explosive.

 

 

"C'est une décision compréhensible, rationnelle et assez courageuse", a commenté Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (SM, gauche). "La prison de Dunkerque n'est pas la pire... Je ne serais pas étonné que d'autres procureurs en fassent autant", a-t-il ajouté.

 

"J'aimerais un effet de contagion à tous les parquets", a également déclaré Nicolas Caron, délégué régional FO, tandis que l'Observatoire international des prisons (OIP) appelait "l'ensemble des parquets" à suivre l'exemple.

 

"Enfin, un procureur qui ose s'inscrire contre ce que le gouvernement veut mettre en place!", a renchéri Jean-François Forget, secrétaire général du syndicat pénitentiaire Ufap-Unsa. "Je crains d'ailleurs pour lui", a-t-il poursuivi.

 

"Ca va lui retomber dessus, alors que c'est la responsabilité du garde des Sceaux qui est en jeu", a également estimé M. Bonduelle. "C'est facile de faire une circulaire, c'est moins facile de gérer une maison d'arrêt", a-t-il ajouté. Pour lui, le procureur a voulu "éviter une explosion pendant l'été".

 

Le ministère de la Justice a fait savoir vendredi qu'il demandait au procureur, Philippe Muller, de "revenir" sur ses consignes, qui vont "à l'encontre" de directives ministérielles visant à une meilleure exécution des peines. Interrogé dans l'après-midi par l'AFP, M. Muller disait ne pas avoir encore reçu d'éventuelles instructions.

 

Dans une note aux services enquêteurs de son ressort, datée du 25 juillet et dont l'AFP avait obtenu copie jeudi, M. Muller demandait la suspension "de l'exécution des écrous" jusqu'au 5 septembre, sauf pour les infractions les plus graves, "en raison du surencombrement de la maison d'arrêt de Dunkerque et des autres établissements pénitentiaires" du secteur.

 

"Sur Dunkerque, on doit être à 150 personnes détenues pour 100 places. Quand vous faites coucher des gens sur des matelas, vous vous heurtez aux obligations liées au respect de la vie humaine, aux problèmes d'hygiène, au risque de violences...", avait expliqué M. Muller.

 

Mais cette initiative ne correspond pas aux recommandations adressées aux parquets par le ministre de la Justice en février, dans la foulée du meurtre de la jeune Laetitia à Pornic, puis en mai, leur demandant d'accélérer l'exécution des peines.

 

Il y avait en début d'année 100.000 peines prononcées non exécutées, 80.000 cinq mois plus tard, ce dont s'était félicité Michel Mercier, ajoutant qu'il fallait aller "beaucoup plus loin".

 

Parallèlement, le nombre de détenus augmentait, pour atteindre un record historique de plus de 64.500 en mai. Au 1er juillet, il y avait 64.726 détenus (pour 56.081 places) en France, en hausse de 4,2% par rapport à juillet 2010. Le taux de surpopulation carcérale est de 115% au niveau national.

 

Les situations varient selon les régions, avec des taux dépassant les 150% dans une trentaine de prisons (sur environ 200).

 

Parallèlement à cette promiscuité renforcée, les syndicats de surveillants ont relevé une augmentation des tensions, des bagarres entre détenus, des agressions...

 

Tandis que les prisons les plus vétustes doivent être progressivement fermées, un programme de construction et de rénovation est en cours, avec un objectif de 70.000 places d'ici 2018.

"Mais doit-on continuer avec cette fuite en avant carcérale?", s'interroge le SM.

 

20 Minutes...

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