Vendredi 5 Août - Changement de têtes au CP de Nancy

Publié le par Sam Fisher

Le chef d’établissement et l’une de ses deux adjointes quitteront prochainement le mastodonte de béton coincé entre le Zénith et les barres du Haut-du-Lièvre.

 

 Photo0103

 

Aude Curto, directrice du centre de détention de Nancy-Maxéville, abandonnera ses fonctions de chef d’établissement, le 1er octobre prochain. Après six années passées dans la cité des Ducs. La jeune femme était arrivée en septembre 2005, pour diriger la maison d’arrêt Charles-III. Au printemps 2009, elle avait orchestré le transfert des détenus vers la nouvelle prison, construite dans le quartier du Haut-du-Lièvre, puis étrenné les lieux. Selon certaines sources, elle prendrait même un congé sabbatique. Ce départ a-t-il un lien avec les affaires qui ont secoué le CP au printemps dernier ?

 

Absolument pas, assure l’une de ses adjointes, Laure Perrin, elle aussi visée par le tract incendiaire à l’origine du conflit avec le syndicat FO. Le pamphlet d’une quarantaine de lignes diffusé en mars stigmatisait la direction du CP, jugée trop laxiste, voire « incompétente ». Il dénonçait notamment des bises aux détenus pour les récompenser d’exploits sportifs.

 

« La direction a-t-elle les épaules de rugbymen assez larges pour gérer une telle structure démesurée ? », s’interrogeaient ses auteurs.

 

Cette affaire trouvera son épilogue en septembre, dans l’enceinte judiciaire, la direction ayant décidé de porter plainte pour diffamation et discrimination.

 

Personnel et détenus en souffrance

 

Hasard du calendrier ? Une autre adjointe, visée également par le même pamphlet, partira le 1er septembre prendre des fonctions équivalentes dans le nord de la France. « Elle suit son conjoint », nous assure-t-on. On ne connaîtrait pas encore l’identité de leurs remplaçant(e) s.

Ce changement de têtes apaisera-t-il une situation au bord de l’explosion ? Pas sûr, la crispation ne tient pas essentiellement aux personnes. Depuis des mois, les mobilisations de surveillants se multiplient. Tous dénoncent le manque de moyens humains, la souffrance des personnels, celle aussi des détenus, et la recrudescence d’agressions - plus d’une quinzaine pour le seul mois de juin. « Ce type de centre aggrave nos difficultés », répétait en juin un délégué UFAP-UNSA.

 

Un constat partagé par Jean-Marie Delarue. Le contrôleur général des prisons dénonce ces milieux carcéraux d’un nouveau genre, calqué sur le modèle américain. « On a multiplié le béton, les grilles de séparation… On a tout sacrifié à la sécurité et on a oublié tout le reste ». Le spécialiste pointe aussi du doigt la substitution galopante de la présence physique par la vidéosurveillance, une erreur selon lui, « le contact humain est indispensable dans les lieux de privation de liberté ». Bref, il préconise de rétropédaler pour les projets immobiliers carcéraux, « il faut revoir très sérieusement la conception des futurs établissements qui ne devraient pas accueillir plus de 200 détenus ».

 

En aparté, certains représentants du parquet ne disent pas autre chose : « Ce n’est pas une réussite. Il suffit de s’y rendre pour s’en apercevoir. On se sent mal, c’est impersonnel, complètement déshumanisé… priver les gens de liberté est une chose, il ne faut pas le faire à n’importe quel prix ».

 

Ajouté à cela une oisiveté contrainte du public, « le centre pénitentiaire dispose d’un seul site de travail pour 680 détenus, d’un seul gymnase d’où un ratio de 40 minutes de sport possible tous les deux jours ou par semaine… » et vous obtenez une situation tendue en permanence.

 

Est Républicain...

Commenter cet article