Lundi 25 Juillet - Réinsertion des détenus allemands: polémique

Publié le par Sam Fisher

La ministre de la Justice réfléchit à un allégement des mesures de sûreté.

Des cellules rénovées de la prison de Hambourg réservées aux détenus purgeant de longues peines.
 

La ministre de la Justice allemande voulait simplement consulter ses pairs des Länder. Un document de travail leur a été remis au début de la semaine dernière. Ses propositions ont été accueillies par une volée de bois vert. Les réactions d'émoi et de colère venues du monde politique et médiatique vont même en s'amplifiant. Le ministre de l'Intérieur social-démocrate de Hambourg (SPD) l'accuse de «vouloir mettre en place des programmes bien-être pour les pédophiles et les violeurs». Et son collègue de Bavière (CSU) de «jouer avec la sécurité des femmes et des enfants» au motif que «les expériences pratiques démontrent que les thérapies ne rencontrent aucun succès notable».

 

Que propose exactement la ministre libérale (FDP), Sabine Leutheusser- Schnarrenberger ? Dans ce mémo en sept points, sont exposées plusieurs mesures pour faciliter les conditions de vie des détenus. Et améliorer leurs droits. Exemple : tout détenu présentant des problèmes psychologiques pourrait, s'il le faut devant un tribunal, obliger l'administration pénitentiaire à lui fournir un traitement thérapeutique, jusqu'à concurrence de 10.000 euros. Mais les propositions suscitant le plus la polémique concernent la réinsertion, comme par exemple des séjours limités à l'extérieur des établissements carcéraux. Avec ou sans surveillance. Ce que le journal Bild a traduit par «Des vacances pour les grands criminels !». Le fleuron de la presse populaire allemande a souligné le passage le plus controversé du texte : «Un simple risque théorique de fuite ou de récidive ne doit pas entraver l'allégement des conditions de détention.»

«Attiser les peurs»

L'ex-avocate bavaroise, déjà ministre fédérale de la Justice sous Helmut Kohl, a vertement répliqué à ses détracteurs, accusés «d'attiser les peurs de la population au lieu de rechercher des solutions concrètes». Le «problème» posé relève d'un jugement de la Cour constitutionnelle. En mai, les juges ont donné deux ans au gouvernement pour réformer le Code pénal sur la durée et les conditions de la détention de sûreté, jugées non conformes à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Quatre criminels sexuels avaient fait condamner l'Allemagne à Strasbourg en décembre 2009 pour détention prolongée au-delà de la peine déjà effectuée.

Sabine Leutheusser-Schnarrenberger estime que les «mesures cosmétiques ne suffiront pas» et dit avoir «œuvré pour le plus large consensus possible au niveau régional et fédéral». Ce dernier objectif paraît très ambitieux avant la réunion prévue à Berlin le 17 août avec les ministres compétents des Länder. Par la voix de son chef, le syndicat de la police ­pronostique des «révoltes en prison». Car, selon Rainer Wendt, «les détenus qui détestent les “pointeurs” (surnom donné aux pédophiles et aux violeurs derrière les barreaux) ne supporteront jamais le régime de faveur qui leur serait accordé.»

 

L'actualité ne va pas aider la ministre à promouvoir son projet. À la suite de l'application du verdict de la cour strasbourgeoise, une centaine de détenus ont recouvré la liberté. L'un d'entre eux Heinrich K., 49 ans, dont vingt passés en cellule, a récidivé sur une enfant de 7 ans à Dortmund. Un mois après la levée de la surveillance policière à distance : il avait été jugé «pleinement réintégré socialement».

 

Le Figaro...

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